Hériter sans se déchirer.

hériter sans se déchirerPerdre quelqu’un est certainement l’une des plus grande souffrance.

L’une des plus complexes aussi. En parler à quelqu’un qui ne l’a pas connue est inutile. On ne peut la décrire à celui qui ne l’a pas vécue. Et ceux qui l’ont connue, hélas, la connaissent trop bien.
C’est une déchirure, une partie de soi arrachée, une douleur vive faite de souvenirs, de regrets, de manque, d’incompréhension, de culpabilité. Une partie de soi privée de ce qui a été et de ce qui aurait dû être. Une amputation. Radicale et terrible.
Le prêtre de quelque religion qu’il soit, le médecin, le psy et le notaire ont en cela de commun qu’ils accompagnent tous les âges de la vie.
Bien souvent on vient à la thérapie pour un deuil, ancien ou récent, qui ne veut pas cicatriser. L’aide apportée permet , tout en la respectant, de gagner du temps sur le chemin de cette souffrance.

L’article de Sophie Bernard (à lire ici) vous en dira plus sur le travail qui peut être effectué et sur la nature des sept étapes, quasi systématiques face à la mort.
Mais soyons clairs.
Si le deuil est une souffrance, l’héritage lui, est une épreuve. Et lorsqu’on parle de deuil en thérapie il est est rare que l’on ne parle pas aussi d’héritage.

Hériter et se déchirer.

Aussi cliché que cela soit, le travail de deuil obéit à des règles. Il y a des étapes, des émotions que l’on doit franchir, intégrer et ne pas sauter.
Il y a sept étapes:
Tout d’abord le déni. Il ne peut pas être mort! C’est pas possible!
Puis la colère. Contre la vie. Contre ceux qui l’ont laissé mourir. Contre Dieu. Contre soi. Contre le défunt qui vous a laissé. Contre tous et tout, enfin parfois.
La peur. Peur d’être seul. Peur d’affronter la vie. Peur de ne pas avoir de quoi vivre. Peur de mourir à son tour.
Et la tristesse. Par vagues. Le chagrin qui submerge. Le désespoir qui noie. Les larmes enfin qui soulagent et la culpabilité aussi de ne pas toujours assez souffrir. De recommencer à vivre malgré tout. D’oublier souvent.
Viennent les marchandages. Drôle de mot pour décrire ces noeuds qu’on défait un à un. Pour commencer à accepter qu’on va vivre malgré tout, et sentir que chagrin n’est pas éternel, qu’être heureux à nouveau est une forme d’hommage à sa mémoire.
Alors vient l’acceptation. Pleine. Entière. Un baume pour tout.
Et enfin la sérénité. Le tristesse cruelle s’est ainsi transformée en un souvenir doux comme la nostalgie.
Comme cette souffrance est intime et complexe!

Et c’est à ce moment qu’on doit en plus affronter un héritage.

Car la loi dispose que tout héritage doit être réglé en six mois. Pas un de plus. Au moment où l’on est le plus fragile, il faut tour à tour savoir être courageux, diplomate, malin et gestionnaire. Qualités essentielles pour affronter un héritage. Pas étonnant que bien souvent la dépression ne suive pas le deuil mais les problèmes de succession.
Quand on hérite la première déchirure est intérieure. C’est le choc de la souffrance infinie avec les obligations matérielles les plus prosaïques. Perdre un bout de son âme tout en pensant au fleuriste pour la couronne et au notaire à rappeler. Essayer de continuer à vivre tout en contactant le trésor public pour les droits de successions. Soutenir ses proches et arrêter le contrat avec l’EDF. Car ce serait idiot de continuer à payer pour rien.
C’est aussi ça la déchirure, un passage sacré de la vie réduit à un chèque et une maison difficile à vendre.
La déchirure de l’héritage, c’est aussi un discours interrompu avec le défunt. La recherche au travers du testament, des discussions avec la famille, du montant du chèque… la recherche de preuves.
La preuve qu’il nous aimait.
La preuve qu’il nous respectait.
La preuve qu’il nous chérissait.
La preuve qu’il nous estimait.
Et bien souvent elles ne sont pas là. Biens souvent elles semblent insuffisantes.

Mais pour hériter sans se déchirer, n’a-t-on d’autre choix que d’être que fils unique?

Car la déchirure c’est aussi souvent celle de l’illusion d’une famille. Je résiste à tout sauf à la tentation disait Oscar Wilde. Quelle tentation qu’un héritage!

La tentation d’une richesse subite.
La tentation d’une revanche sur sa famille.
La tentation d’une salière en argent qu’on utilisera pas mais elle est gratuit voyez-vous et on ne voit pas pourquoi les autres l’aurait car on est le plus méritant, c’est pas vraie? et aussi on ne le savait pas mais elle a une valeur sentimentale inespérée.
Sous le soleil de l’argent les caractères se révèlent. Parfois sublimes. Parfois pas. Parfois pas du tout. Derrière les masques habituels, les rôles gentils trop souvent endossés, tout s’éclaire différemment. Ce nouveau jour fait mal. C’est le temps des déceptions. La philanthropie en prend un coup. L’idée qu’on se fait fait de sa famille. Et ça fait mal.
Egoïstes, manipulateurs (voir articles), escrocs, toutes petites personnes et aussi gens admirables. Tous se révèlent!
Et puis il ne faut pas oublier que les famille sont des machines complexes. Des systèmes où chaque rouage a son utilité. Une pièce de théâtre où chacun rejoue sans cesse le même rôle. Et quand un rouage s’écroule c’est toute la machine qui se grippe, s’arrête ou s’écroule. Tout est à redéfinir et on se bat alors pour savoir quel nouveau rôle on jouera…
Et puis il y a les pièces rapportées, les concubains-pacsés-mariés-petits-copains-copines qui viennent tout compliquer parfois avec les meilleurs sentiments du monde.
C’est à ce moment là qu’une thérapie familiale ou un tiers de confiance serait utile. La thérapie systémique décrit à merveille le secret des relations dans la famille et la manière d’en résoudre les conflit. Mais pour en comprendre l’intime cruauté qui existe parfois c’est plutôt la lecture du Noeud de vipères de Mauriac qui s’impose.
Et puis il y a les tracasseries de l’Administration. Et toutes les surprises qui peuvent émailler cette épreuve, la découverte d’un frère, d’une soeur, d’un héritage capté, dilapidé, donné aux bonnes oeuvres. Et toutes ces choses que j’oublie mais que vous avez sans doute vécues.

Hériter sans se déchirer. (si possible)

Assez parlé des difficultés psychologiques d’un héritage. Il arrive que ça ne passe pas si mal. Et puis comme l’écriture de cet article devient éreintante, je n’ose pas en imaginer la lecture pour vous (veuillez m’en pardonner!) Alors passons aux conseils pratiques!
Un héritage ça se prépare de son vivant. On est immortel jusqu’à ce qu’on se fasse surprendre par la mort. Il est important de réfléchir à ce que l’on va laisser. Au niveau matériel et psychologique. Quel sens veut-on donner à son héritage? Quel message veut-on transmettre? Comment faire pour être juste?
Un héritage c’est la dernière communication avec ceux que l’on aime. Il ne faut pas le négliger. Mettre en ordre ses affaires c’est aussi une manière réelle d’affronter son angoisse de la mort. De survivre un peu en laissant quelque chose.
Déposer un testament chez un notaire est rarement une mauvaise idée. Il ne se perd pas ainsi. On est sûr qu’il est légal. Et le notaire par ses conseils peut vous aider à ne léser personne et à vérifier que vos proches auront de quoi vivre. (Etes-vous sûr par exemple que celui ou celle que vous aimez touchera quelque chose? Si vous n’avez pas de capital, ne devriez-vous pas souscrire une assurance décès?)
Il y a aussi tous ces horribles détails que vous pouvez régler à leur place. Quelle cérémonie voulez-vous? Comment doit-elle se dérouler exactement? Que fera-t-on de votre corps? Enterrement, crémation, don des organes, don à la science? Une convention obsèques pour tout régler à leur place?
Bien préparer son héritage, c’est non seulement organiser la succession matérielle pour ne pas trop payer de droits mais aussi la succession des coeurs. On peut dans un testament expliquer ces motivations, dire pourquoi un tel ou un tel va hériter de telle ou telle chose, lui laisser des conseils ou une confiance pour sa vie.
Rares sont ceux qui le font mais on peut aussi expliquer l’héritage de son vivant à ceux que l’on aime, pas en groupe (trop dangereux et pas assez personnel) mais en tête à tête.
Autant de conseils pas agréables à entendre mais qui trouvent, hélas bien souvent leur utilité après.

Quant à ceux qui héritent. Les conseils sont simples.

Essayer de se réunir en petit groupe pour prendre des décisions. (Plus on est de fous et moins on agit! Et c’est autant de disputes évitées…)
Individuellement c’est essayer de « professionnaliser » la succesion, de la « dépsychologiser » en sachant exactement ce que l’on veut obtenir et pourquoi. Ne pas être excessif dans ses prises de positions et se donner des marges de négociations. Et même si c’est difficile, essayer de garder une réserve de distance, pour ne pas sacrifier une famille sur l’autel d’une salière en argent inutile.
Savoir communiquer de manière non-violente peut être très utile. (cf. article)
Enfin en cas de conflit essayer de faire intervenir des tiers (notaires…) dans un premier temps.
Et surtout ne pas être le dernier à consulter un avocat si vos droits concrets sont bafoués et même si cela va à l’encontre de l’image que vous vous étiez fait de vos proches.
Ce n’est pas cynique que de dire que ce sont les plus gentils qui se battent en dernier et se font léser.
J’arrête mon article là.
Merci de l’avoir lu. J’attends vos témoignages avec impatience. Pardonnez-moi si la lecture en a été pénible. J’espère seulement qu’il vous sera utile. Un premier repère pour affronter une passe difficile.
Avant d’oublier, voici un lien vers le groupe et le forum où nous pourrons continuer cet échange.


Benjamin Lubszynski est Thérapeute et Coach. Sa pratique est centrée autour des Thérapies brèves (TCC, Thérapie systémique, Hypnose clinique (approche éricksonienne), PNL, Gestalt Thérapie). Il exerce à Paris au 29 rue Dautancourt dans le XVIIème. (Consulter en cabinet: 01 42 26 40 27 / en ligne (webcam) ) (100€ / 40min)      

 

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